Apprendre à lire, une partie de plaisir !

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“Les enfants ne lisent plus, ils passent leur temps sur les écrans”, combien de fois a-t-on entendu cette affirmation au point d’oublier de la remettre en question ? Sachez-le : c’est faux ! Le Centre national du Livre a mené l’enquête pour nous et a évalué une hausse de 5% de la proportion des 7-19 ans déclarant lire dans la cadre des loisirs entre 2016 et 2022. 8 jeunes sur 10 disent lire pour le plaisir, une belle statistique qui dénote avec les 10% de jeunes de 16-25 ans ayant des difficultés de lecture d’après l’étude menée lors de la Journée Défense et Citoyenneté en 2020.

Comment peut-on expliquer ces difficultés malgré un goût marqué pour la lecture ? Quels livres lisent les jeunes aujourd’hui ? Et d’ailleurs, comment apprend-on à lire ? Voilà les questions qu’on prend peu le temps de se poser et auxquelles on va tenter de répondre aujourd’hui.

Méthodologies d’apprentissage : savoir lire, ça veut dire quoi ?

La littérature scientifique s’accorde pour dire que la lecture se constitue de deux grandes composantes : l’identification de mots écrits et la compréhension de ces mêmes mots. Ainsi, de manière assez logique, la méthodologie d’apprentissage et d’évaluation de la lecture à l’école primaire propose de travailler simultanément ces deux compétences : la reconnaissance de mots via l’apprentissage des lettres et des sons notamment et la compréhension orale de textes lus par l’enseignant. En CE1, on évaluera la capacité de l’enfant à lire une phrase et à l’associer à l’image qui l’illustre le mieux, une manière de vérifier qu’il en a saisi le sens.

L’identification des mots peut se faire de deux manières. La première, qu’on appelle approche syllabique, repose sur l’association de graphèmes aux phonèmes. Vous n’avez rien compris ? Rassurez-vous, nous non plus ! Plus sérieusement, cette approche de décodage revient à décortiquer un mot syllabe après syllabe en associant les lettres que l’on voit à un son qu’on a appris (”LA” se dit [la]). La seconde approche, moins connue car peut-être employée de manière moins consciente, permet de reconnaître la forme d’un mot en un coup d’œil. Le lecteur va piocher dans sa mémoire lexicale pour en tirer le sens et la prononciation sans avoir eu besoin de déchiffrer les syllabes. L’approche dite globale fonctionne un peu comme un raccourci : le lecteur mémorise les mots fréquemment lus pour s’épargner la phase de décodage indispensable pour prononcer un mot nouveau. On privilégie ce mode d’identification pour les mots difficilement déchiffrables comme “femme” ou “monsieur”, ainsi que pour différencier les homonymes (ex : ”sceau”, “sot” et “seau”). Étonnamment, le cerveau est même cabaple de rennocaîrte des mtos éritcs dnas le dsoérrde tnat que la pemirère et la drnièere ltetre est paclée au bon ernoidt. Alors, convaincus ?

Grâce à l’entraînement et en s’appuyant sur les deux techniques, plus particulièrement la première au départ, le lecteur développe sa fluence de lecture, c’est-à-dire sa capacité à décoder de manière suffisamment rapide et précise pour espérer pouvoir comprendre ce qu’il lit. Grâce à l’automatisation de l’action de déchiffrage, il libère des ressources cognitives pour la compréhension, une activité complexe qui fait appel à plusieurs capacités. Comprendre un texte suppose d’identifier la signification des mots, mais aussi de mobiliser des connaissances grammaticales (syntaxe), d’établir des liens entre les phrases, de raisonner pour déduire ce que le texte n’explicite pas, de mémoriser les phrases précédentes pour retenir le sens global… Bien plus que repérer un mot pour répondre à une question, en somme !

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Difficultés en lecture : qu’est-ce qui coince ?

On a parfois l’impression que les médias exagèrent lorsqu’on entend “les Français ne savent pas lire”, mais l’illettrisme est malheureusement une réalité. D’après l’INSEE, on compte 2,5 millions de personnes en situation d’illettrisme en 2012, soit 7% ayant été scolarisées en France et âgées de 18 à 65 ans qui ont perdu la maîtrise de la lecture et de l’écriture. L’enquête annuelle nationale réalisée lors de la Journée Défense et Citoyenneté confirme en 2020 que 11,9% des jeunes de 16-25 ans sont des “lecteurs médiocres”, avec un niveau de lecture très faible, dont 4,6% qui peuvent être considérés comme en situation d’illettrisme, une cause qualifiée de priorité nationale dans laquelle l’Éducation nationale chercher à s’engager.

Quand on y regarde de plus près, les plus grands écarts de niveaux observés entre un bon et un mauvais lecteur, chez les 16-25 ans, sont liés au traitement d’informations complexes (repérer des informations dans un journal ou comprendre un texte narratif court) et à la connaissance lexicale (vocabulaire). On constate également que les jeunes les plus en difficulté sont souvent des garçons qui ont arrêté leurs études après le brevet. D’après les résultats PISA 2018, les difficultés en lecture des élèves de 15 ans évalués dépendent en partie du statut socio-économique du jeune, mesuré notamment en fonction du diplôme et de la profession des parents. Un exemple concret de reproduction des inégalités ?

Mal maîtriser la lecture constitue un handicap réel, tant dans le cadre scolaire que dans la vie quotidienne. Pour lutter contre l’illettrisme, une série de mesures a été mise en place pour mieux apprendre à lire (ex : dédoublement des classes de CP et CE1 en REP) et transmettre le goût de la lecture (ex : le quart d’heure de lecture dans les écoles). Lire, c’est comme tout, ça s’entraîne ! Et quoi de mieux pour apprendre que d’aimer ce qu’on fait ?

Centre national du Livre, étude “Les jeunes français et la lecture”, 2022.

Centre national du Livre, étude “Les jeunes français et la lecture”, 2022.

Les jeunes et les livres : une histoire d’amour ?

Les écrans sont devenus omniprésents dans la vie des jeunes, oui la technologie est partout, mais le smartphone n’a pas remplacé le livre ! D’après l’étude menée en 2022 par le Centre national du Livre, les 7-25 ans lisent plus et lisent beaucoup. 84% “aiment la lecture” et 42% “adorent”. En moyenne, les lecteurs ont lu pour le loisir 5 livres ces 3 derniers mois, ce qui reviendrait à une vingtaine de livres par an. Pas mal !

Ce qui leur plaît le plus ? Les romans, bien sûr, mais les 7-19 ans privilégient de plus en plus les bandes dessinées et les mangas. Saviez-vous que One Piece est le livre le plus vendu au monde ? Pas étonnant avec 101 tomes… En tous cas, chez PowerZ, les amateurs de mangas sont au rendez-vous.

L’appétence pour les écrans relevée par l’enquête et semble avoir fait émerger des nouvelles pratiques de lecture, notamment la lecture de livres numériques et l’écoute de livres audio. Par ailleurs, près d’un tiers des lecteurs “loisirs” disent avoir acheté un livre après en avoir entendu parler sur internet, un nouveau type d’influence qui émerge et qui devrait faire plaisir aux libraires et professeurs de français !

Ne reste donc plus qu’à relever un dernier challenge : parvenir à transmettre le goût de la lecture aux 16% qui n’aiment pas ou détestent lire. Il existe déjà de nombreux outils, à commencer par les jeux vidéo comme PowerZ, qui développent une trame narrative rendant la lecture nécessaire pour aller au bout de l’aventure, sans pour autant donner l’impression de lire un livre.